Gargantua 20xx
Le giga data center, ou l’urbanisme du calcul
Où mettre la puissance de calcul de l'ère agentique ? Sous un parc, dans une tour, dans la glace, en orbite, sur la Lune ? Ce texte répond : nulle part en entier, partout en coupe. Il le démontre sur une matrice étudiée depuis quinze ans — Alger, Manhattan, la Carcasse — et en tire une charte, une économie et une théorie valable pour tous les territoires, sur Terre et au-delà.

Ouverture — Gargantua est déjà posé sur Manhattan
Gargantua n'a pas besoin d'une adresse. Il a besoin d'une coupe. C'est la thèse de ce texte, et la réponse à la question que tout le monde pose mal : où mettre la puissance de calcul de l'ère agentique ?
En juillet 2025, Mark Zuckerberg publie une image : le plan d'Hyperion, le campus d'IA de Meta en Louisiane, superposé à Manhattan. Le geste se veut publicitaire. Il est, sans le savoir, un geste d'urbaniste : un patron de la tech mesure son infrastructure à l'aune d'une ville. Et la ville perd.
Les chiffres ont suivi. Le site initial couvrait environ 910 ha, près de trois fois Central Park. Meta y a ajouté quelque 570 ha. Hyperion vise désormais plus de 5 gigawatts. Ce n'est plus un bâtiment. C'est un territoire branché.
Cette image en appelle une autre. En 2010, avec Synapse™, j'avais posé Manhattan dans la baie d'Alger. Il ne s'agissait pas de mesurer une machine, mais un vide : la baie, cette énigme urbaine, à l'échelle de l'île-matrice de la modernité. Seize ans plus tard, les deux superpositions se répondent. L'une montre ce que le calcul consomme. L'autre montre ce qu'une ville peut garder vide. Gargantua 20xx naît entre les deux.
En août 2026, j'ai nommé ce type : Gargantua. Ce qui vient après la Bigness. Koolhaas écrivait en 1994 qu'au-delà d'une certaine masse, un bâtiment devient une ville. Gargantua dit autre chose : au-delà d'une certaine puissance, un bâtiment devient un territoire, et aucune ville ne suffit plus à le contenir.
Quinze ans de matrice
Gargantua 20xx n'arrive pas seul. Il rassemble des pièces travaillées depuis 2010, chacune apportant au projet une part de sa méthode.
| Année | Pièce | Ce qu’elle apporte à Gargantua 20xx |
|---|---|---|
| 2010 | Synapse™ — Manhattan dans la baie d’Alger | La mesure du vide, et la règle de ne pas le combler |
| 2011 | Mars20xx — l’ExoUrbanisme | La ville hors de la Terre, donc une théorie valable partout |
| 2013 | La Carcasse — photomontages dès 2012, nominée au prix Aga Khan d’architecture | L’inachevé comme ressource : les carcasses-serveurs |
| 2017 | Djisr El-Djazaïr — viaduc en Y sur la baie | L’épine dorsale du système et ses cinq îles |
| 2023 | PARAD — l’économie de l’attention rendue | La valeur qui reste où elle naît, du kilowatt à l’attention |
| 2026 | Gargantua — après la Bigness | Le nom du géant, et l’exigence de l’éduquer |

« J'ai presque rien bâti, et tout écrit. » Ce texte ne fait pas exception. Mais il dessine. Il propose une coupe, deux planches, une charte, un modèle économique et une théorie générale. Pas un rendu spectaculaire : une méthode.
I.Le problème n'est pas la taille, c'est l'adresse
Six variables gouvernent Gargantua, et chaque lieu candidat n'en résout qu'une ou deux en aggravant les autres.
Une précision de vocabulaire d'abord. Par data center, j'entends ici le centre de calcul : la puissance de calcul (compute) qui entraîne les modèles, fait tourner l'inférence et répond aux agents, bien plus que l'entrepôt où dorment les données. Le stockage est la part la plus légère de Gargantua. Le calcul en est l'appétit : c'est lui qui consomme l'énergie, l'eau et le sol, et lui qui rejette la chaleur.
L'énergie. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la demande électrique des data centers a crû de 17 % en 2025, cinq fois plus vite que la demande mondiale. Elle doublera d'ici 2030, autour de 945 TWh : la consommation actuelle du Japon. La part liée à l'IA triplera. Un seul site de 100 MW consomme autant que 100 000 foyers.
L'eau. Le refroidissement évaporatif boit. En Géorgie, près d'un data center de Meta, des robinets se sont taris chez des riverains. Dans un pays de dessalement comme l'Algérie, chaque litre évaporé est un litre produit à grand coût.
Le sol. Hyperion couvre bientôt quatre Central Park. Le foncier n'est pas un détail : c'est la variable que la ville ne peut pas négocier.
La chaleur. C'est le fait que personne ne regarde. Presque toute l'électricité qu'avale un data center ressort en chaleur. Aujourd'hui, on paie deux fois : pour produire l'énergie, puis pour s'en débarrasser. Un data center est un radiateur qui calcule, et qu'on refroidit à perte.
La latence. L'agent ne dort pas. Il consulte, compare, négocie, réserve, en continu et au nom de quelqu'un. L'inférence agentique doit rester près des humains qu'elle sert. L'entraînement, lui, peut partir loin. L'archive, plus loin encore.
La souveraineté. Qui possède la machine, qui la règle, qui peut la débrancher. C'est la variable que La lobotomie douce a posée : louer l'infrastructure de la pensée, c'est déjà céder une part de la pensée.
La question « où ? » est donc mal posée tant qu'on cherche un lieu. Il faut d'abord séparer ce que Gargantua fait : apprendre, répondre, se souvenir. Trois fonctions, trois latences, trois altitudes.
II.Cinq adresses pour Gargantua
Aucune des cinq adresses ne tient seule ; chacune est juste pour une fonction et fausse pour les autres.
| Adresse | Ce qu'elle offre | Ce qu'elle coûte | Verdict |
|---|---|---|---|
| Sous le parc | Réseau urbain, géothermie, surface préservée, latence excellente | La chaleur sous les racines ; Central Park est quatre fois trop petit pour Hyperion | Oui, mais linéaire et plafonné |
| En hauteur | Réseau urbain, boucle fermée, faible emprise, chaleur valorisable dans la tour | Le risque du totem : une tour isolée, sans symbiose avec la ville | Oui, pour l’inférence |
| Glace, Antarctique | Du froid et de l’eau en abondance | Aucune énergie sur place, une latence mauvaise, un sanctuaire protégé ; la chaleur ferait fondre le froid | Non |
| Orbite | Un soleil quasi continu, ni eau ni foncier | Des radiateurs géants, les débris, l’extraterritorialité, une viabilité pas avant les années 2030 | Plus tard, pour l’entraînement |
| Lune | Le solaire polaire, des tunnels de lave à −20 °C | 1,3 s de latence, un débranchement très difficile | Oui, comme mémoire |
Sous le parc. Le sous-sol offre une température stable, l'invisibilité, la surface rendue au public. Mais un gigawatt enterré sous une pelouse est un chauffage par le sol que les arbres n'ont pas demandé. Et Central Park est quatre fois trop petit pour Hyperion. L'intuition est juste ; le monolithe est faux. On y revient en IV.
En hauteur. Manhattan l'a déjà fait. Le 33 Thomas Street, tour aveugle d'AT&T achevée en 1974, est un data center vertical avant la lettre. L'agriculture verticale a conquis les tours parce que sa lumière est de toute façon artificielle. Le calcul n'a besoin d'aucune lumière : c'est l'anti-tour, la tour sans fenêtres. Sa vraie place est en symbiose : serveurs au cœur, fermes verticales en façade, la chaleur montant de l'un vers l'autre. Bonne adresse pour l'inférence, à condition d'être une strate et non un totem.
Dans la glace. C'est la fausse bonne idée par excellence. Refroidir Gargantua avec un glacier, c'est faire fondre la réserve de froid de la planète pour économiser une facture. L'Antarctique est en outre une réserve naturelle consacrée à la paix et à la science par le Protocole de Madrid. Les sites nordiques réussissent pour une autre raison : ils ont des énergies renouvelables et des réseaux de chaleur. La leçon s'inverse : on ne cherche pas le froid, on cherche le besoin de chaleur.
En orbite. La course est lancée. Axiom a placé ses premiers nœuds en orbite basse le 11 janvier 2026. SpaceX a déposé le 30 janvier 2026 un projet allant jusqu'à un million de satellites. Starcloud, Google avec Suncatcher, l'Europe avec ASCEND suivent. L'argument est réel : soleil quasi permanent, ni eau ni foncier. Mais l'analyse de Google situe la viabilité sous 200 dollars le kilo lancé, un seuil que l'on n'attend pas avant les années 2030. Le froid spatial ne refroidit que par rayonnement, donc par des radiateurs immenses. Restent les débris, le ciel nocturne des astronomes et la question décisive : en orbite, Gargantua devient extraterritorial. Qui le débranche ? L'orbite convient à l'entraînement par lots, sous charte. Jamais au cerveau quotidien des agents.
Sur la Lune. Lonestar y a posé en mars 2025 un premier data center de 8 téraoctets, coque dessinée par BIG. L'atterrisseur s'est couché dans un cratère ; la charge utile a survécu. La société vise ensuite les tunnels de lave, autour de −20 °C constants. À 1,3 seconde de lumière, la Lune ne sera jamais un cerveau. Elle n'accueillera pas la puissance de calcul de l'ère agentique ; elle peut en garder la mémoire : la sauvegarde de civilisation, une bibliothèque d'Alexandrie de secours.
III.Thèse : Gargantua n'a pas d'adresse, il a une coupe
Plus une fonction tolère la latence, plus elle peut monter loin des humains ; plus elle les sert directement, plus elle doit descendre dans la ville et lui rendre sa chaleur.
La coupe remplace le plan. L'urbanisme du XXe siècle a zoné à plat : ici l'habitat, là l'industrie. L'urbanisme du calcul zone en hauteur, par latence. C'est la grille de Manhattan retournée à la verticale : chaque strate a son programme, et la colonne qui les traverse toutes est humaine. À chaque niveau, un interrupteur ; derrière chaque interrupteur, une personne identifiable.
IV.Le test de Central Park
Central Park peut accueillir Gargantua à 100 % de son sous-sol utile et 0 % de sa surface — comme batterie de chaleur et galeries linéaires, jamais comme monolithe.
Manhattan est ma matrice ultime : la grille, la superposition, les strates, la verticalité, et le vide planifié de Central Park. Poser Gargantua sous ce vide est tentant. C'est aussi le seul moyen de tester sérieusement l'idée.
Premier constat : la taille. Central Park mesure 341 ha. Hyperion en totalise déjà près de 1 480, soit environ 15 km². Le parc entier ne contiendrait qu'un quart du campus. Gargantua ne tient pas sous le vide ; il doit se dissoudre dans le plein.
Deuxième constat : Manhattan a déjà le réseau. Depuis 1882, la vapeur de Con Edison court sous les rues, de la Battery à la 96e rue. Plus de 160 km de conduites, environ 1 500 bâtiments desservis, le plus grand système de ce type au monde. La ville a déjà ses artères thermiques ; il lui manque un cœur propre. Gargantua 20xx se répartit sous les avenues, en nœuds de quartier, et alimente une boucle basse température héritière de la vapeur.
Troisième constat : Olmsted et Vaux l'avaient prévu. Le plan Greensward de 1858 enterre déjà quatre routes transversales sous le niveau du parc. Le parc le plus célèbre du monde est né avec une infrastructure en tranchée. Gargantua doit suivre ces lignes, pas les pelouses.
D'où le projet :
- Les transversales deviennent des galeries de calcul, linéaires, ventilées, accessibles, sans toucher à un arbre.
- Sous les grandes pelouses, un champ de sondes géothermiques stocke la chaleur d'été pour l'hiver. Le parc devient la batterie thermique de l'Upper East et de l'Upper West Side.
- Le sol du parc reste à sa température naturelle à la profondeur des racines. C'est la règle qui plafonne la puissance, pas l'ambition du constructeur.
- L'eau de condensation et les eaux grises traitées irriguent le parc en été. Gargantua rend de l'eau au lieu d'en évaporer.
Le parc ne recouvre pas la machine ; la machine respire par le parc. C'est le parc qui fixe la limite du data center.
V.Synapse — Manhattan dans la baie d'Alger
Le vide de la baie d'Alger est à l'échelle de Manhattan : c'est vrai en surface, faux en forme, et exact une fois la baie pivotée.
En 2010, Synapse™ décrivait la rencontre « irréelle » entre Alger et New York :
« … Manhattan (after a transatlantic illusion) connects furtively to Algiers and occupies the emptiness (Bay) which remains an urban enigma. It projects (then) its own emptiness (Central Park) through Le Monument / Reflet … »

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Seize ans plus tard, la mesure peut être faite sur les traits de côte réels, à la même échelle.
| Mesure | Valeur |
|---|---|
| Vide de la baie, du Penon au Cap Matifou | 84 km² · 14,7 km d'ouverture |
| Manhattan | 59 km² · 21,1 km · axe à 23° à l'est du nord |
| Manhattan rapporté au vide de la baie | 70 % |
| Part de l'île dans la baie, les deux au nord réel | 52 % au mieux |
| Part de l'île dans la baie, orientation Synapse | 84 % |
| Agrandissement de la baie dans l'image de 2010 | × 1,4 environ |
| Part de l'île à cette échelle | 99 % |
| Central Park | 3,4 km² · 4 % du vide |
| Emprise d'Hyperion | ≈ 14,8 km² · 18 % du vide |
La surface confirme l'intuition : l'île tient dans le vide, avec du jeu. La forme la contredit : l'île est plus longue que la baie n'est large. Au nord réel, la moitié seulement de Manhattan entre dans la baie.
Synapse corrige par l'orientation. Manhattan garde son nord ; c'est la baie qui pivote de 45°, son nord tourné vers le nord-ouest, pour recevoir l'île. À l'échelle réelle, 84 % de Manhattan y loge. L'image de 2010 ajoutait un agrandissement d'environ 1,4 fois, mesuré sur l'ouverture et sur la profondeur de la baie. À cette échelle, l'île occupe le vide à 99 %. L'illusion transatlantique est donc double — une rotation et un agrandissement. Elle est désormais chiffrée.
Une coïncidence résiste à toutes les orientations : posé au mieux, Central Park tombe dans le vide de la baie. Le vide de l'un se loge dans le vide de l'autre.

Gargantua 20xx en tire sa règle d'occupation. On ne remplit pas ce vide : Hyperion à lui seul en prendrait près d'un cinquième. On y fait flotter cinq îles-calcul, reliées par le Djisr, et la baie demeure baie. Le Reflet de Central Park, projeté sur la rive, devient la batterie thermique de la ville. Le plan d'Alger 20xx adopte donc l'orientation de Synapse : Manhattan au nord, la baie pivotée.
On ne comble pas la baie. On la rend utile.
VI.Alger 20xx — le plan
À Alger, Gargantua ne chauffe pas des appartements : il fait boire la ville, la rafraîchit l'été et allume ses thermes.
Manhattan pose le problème de la chaleur dans un climat froid. Alger le pose dans un climat chaud, sec en été, adossé à la mer. La question change : que faire de la chaleur là où l'on manque d'eau et de fraîcheur ? Le plan, dessiné dans l'orientation de Synapse, répond en sept pièces.

1. Djisr El-Djazaïr, l'épine dorsale
Le viaduc en Y que nous avons proposé en 2017 relie trois pôles de la baie. La branche A part du Penon, la branche B du rivage au sud du port ; elles se rejoignent au nœud y, puis filent vers C, au pied du Cap Matifou. Reporté sur le trait de côte réel, le tracé mesure environ 21,8 km. Son tablier porte la fibre, la boucle chaude et l'eau de mer, et accueille l'atterrage des câbles sous-marins méditerranéens. L'infrastructure de mobilité devient infrastructure de calcul : une emprise, quatre réseaux.
2. Les cinq îles-calcul
Sur le tracé flottent cinq îles, x, y, z, z1 et z2. Elles deviennent le cœur de calcul de la ville : la mer les refroidit en boucle fermée, la ville est à quelques kilomètres, la latence reste urbaine. Elles occupent le vide de la baie sans le remplir.
3. Les thermes de calcul
Le nom compte. Ni « data center » ni « serveur de quartier » : des thermes, du grec thermos, chaud. L'Algérie a ses thermes romains de Djemila et de Timgad, ses sources chaudes, ses hammams. Sept points du rivage, de 1 à 7, forment la couronne où la chaleur des îles atterrit. Chaque nœud d'inférence de quartier, quelques centaines de kilowatts, devient une source de chaleur publique : bains, piscine, crèche, hôpital, laverie. L'institution urbaine la plus ancienne devient le dissipateur de l'infrastructure la plus récente. Le mot vaut partout, d'Alger à Helsinki et jusqu'à Mars. Le calcul se montre là où il rend.
4. Le dessalement par la chaleur fatale
L'Algérie dessale massivement l'eau de mer sur sa côte. La chaleur basse température des serveurs préchauffe l'eau de mer et alimente la distillation membranaire. Les serveurs sont eux-mêmes refroidis en boucle fermée par la mer. Le circuit se ferme : la mer refroidit le calcul, le calcul fait boire la ville.
5. Le froid par la chaleur
L'été, la chaleur des nœuds alimente des machines frigorifiques à absorption. Un réseau de froid urbain rafraîchit écoles, hôpitaux, administrations. Le paradoxe est total : la chaleur de Gargantua refroidit Alger.
6. Les pénétrantes et les carcasses-serveurs
Du rivage, la boucle chaude et la fibre remontent vers Alger par les pénétrantes. Elles irriguent les carcasses. Mon concept de Carcasse, nominé au prix Aga Khan d'architecture en 2013, décrit ces structures de béton inachevées qui hantent le territoire. Une carcasse a déjà ce dont un nœud de calcul a besoin : une structure, des planchers, aucune exigence de lumière ni de finition. Zéro sol consommé, zéro démolition : la ruine en attente devient un équipement. Plus loin, les pénétrantes portent la chaleur jusqu'aux serres de la Mitidja.

7. Le Hamma, test de Central Park à l'algéroise
Alger a son Central Park : le Jardin d'Essai, créé en 1832, au bord de la baie. Il jouxte la station de dessalement du Hamma. La même règle s'y applique : sondes géothermiques sous les allées, aucune emprise en surface, la chaleur stockée puis rendue au dessalement voisin. Le jardin fixe la limite ; la machine respire par lui. C'est la version algéroise du Reflet de Central Park.
Plus au sud, sur les Hauts-Plateaux et au Sahara, la strate territoriale accueille les grands campus d'entraînement, au plus près du solaire. Refroidissement à sec, sans évaporation. Chaleur fatale pour des serres et pour le séchage agricole. Ce sont des oasis computationnelles : non pas des hangars dans le désert, mais des oasis dont le palmier est un serveur.
Et le 2 août 2027, lorsque la Lune passera devant le Soleil au-dessus de l'Algérie, elle rappellera la strate la plus haute du système : la mémoire.
VII.L'économie — la chaleur comme dividende
Gargantua devient rentable autrement le jour où il cesse de payer pour jeter sa chaleur et commence à la vendre, à la donner, à la stocker.
Le précédent existe. À Espoo, près d'Helsinki, Microsoft et Fortum ont choisi l'emplacement d'une région de data centers en fonction du réseau de chaleur. La chaleur des serveurs doit couvrir environ 40 % du chauffage urbain de trois communes, soit 400 000 tonnes de CO₂ évitées par an, pour 200 millions d'euros d'investissement côté captage. Stockholm raccorde déjà des dizaines d'opérateurs à son réseau. Ce n'est plus de l'utopie : c'est de la plomberie.
Ce que je propose va plus loin. C'est la logique de PARAD transposée au calcul : le kilowatt et l'attention obéissent à la même loi. La valeur reste là où elle naît et revient à ceux qui la produisent.
La règle 25 / 75 / 0, appliquée à la chaleur. 25 % de la valeur thermique récupérée revient à l'opérateur. 75 % reviennent au quartier sous forme de dividende thermique : eau chaude, froid, thermes, piscine, école. 0 % de chaleur rejetée sans usage. Le zéro est l'invariant ; le reste se règle par territoire, comme on règle un tarif.
Zéro extraction. La valeur reste dans le territoire où le calcul a lieu. Les données d'Alger calculent à Alger, sauf consentement. La souveraineté des données n'est pas une clause de conformité ; c'est un principe de fondation.
Le kilowattheure attribuable. La doctrine PARAD distingue l'attention humaine certifiée de la consultation machine, jamais rémunérée. Le même partage vaut pour l'énergie. Chaque inférence se rattache à un mandat humain identifiable. Le calcul qui sert une décision humaine est servi en priorité, au prix juste. Les boucles d'agents à agents sans mandat paient plus cher. La frugalité ne vient pas d'une morale : elle vient de l'attribution.
Six recettes au lieu d'une. Un nœud Gargantua 20xx vend du calcul, de la chaleur, du froid, de l'eau dessalée, de la résilience (l'archive) et du foncier évité. Il occupe des îles, des carcasses, des transversales, des tabliers de viaduc : pas d'acquisition de terrain, pas de démolition. C'est une économie circulaire au sens strict : rien de ce que le calcul produit n'est perdu.
Anti-licorne dans la forme. Des nœuds modulaires, standardisés, exploités par de petites équipes locales, plutôt qu'un campus unique qui capte une région. Gargantua est un géant, mais un géant distribué : mille thermes plutôt qu'une Louisiane.
VIII.Charte datacenter20xx — dix règles
Dix règles suffisent à transformer Gargantua de prédateur territorial en équipement public.
- Aucun watt sans double usage. Tout kilowattheure calcule d'abord, chauffe, rafraîchit ou dessale ensuite.
- Zéro eau potable évaporée. Boucles fermées, eau de mer, eaux usées traitées. L'eau rendue doit dépasser l'eau prise.
- Zéro sol consommé. Îles reliées à une côte, sous-sols, carcasses, transversales, tabliers d'infrastructure. Aucun champ, aucune forêt, aucune pelouse, aucune baie comblée.
- Le calcul suit la latence. Inférence en ville, entraînement au territoire, mémoire au ciel. Jamais l'inverse.
- La chaleur est un bien commun. Un dividende thermique revient au quartier qui héberge le nœud.
- Débranchable. Chaque strate a un interrupteur et une personne identifiable qui en répond.
- Attribuable. Chaque inférence se rattache à un mandat humain ; le calcul sans mandat paie plus cher.
- Souverain. Les données d'un territoire calculent sur ce territoire, sauf consentement explicite.
- Visible. Gargantua ne se cache pas : il se montre là où il rend, aux thermes, à la serre, à la fontaine, et publie ses compteurs.
- Réversible. Modulaire, démontable, recyclable. En orbite, pas un satellite sans plan de désorbitation.
Les règles 6 et 7 relient Gargantua à Humanity Inside. La triade d'échelles se referme : Gargantua pour le territoire, xCITY pour la ville, Humanity Inside pour l'individu et la machine. Une seule thèse : l'intelligence doit rester attribuable.
IX.Théorie générale — tous les territoires, sur Terre et au-delà
La coupe n'est pas un projet pour Alger : c'est une grammaire, valable pour tout territoire planétaire ou extra-planétaire. Elle tient en une loi.
Le calcul va là où sa chaleur est attendue, à portée de ceux qu'il sert, sous la main de quelqu'un qui en répond.
Chaque territoire se lit avec les mêmes six variables. Seule change la destination de la chaleur, et donc la strate dominante.
| Territoire | Où va la chaleur | Strate dominante | Verdict |
|---|---|---|---|
| Ville froide (Manhattan, Helsinki) | Chauffage urbain, eau chaude | Quartier, sous-sol | Oui |
| Ville chaude côtière (Alger) | Eau douce, froid par absorption, thermes | Îles-calcul en baie, quartier | Oui |
| Désert (Sahara) | Serres, séchage agricole | Territoire : oasis computationnelles | Oui, refroidi à sec |
| Glaciers, Antarctique | Nulle part : elle ferait fondre le froid | Aucune | Non : sanctuaire |
| Haute mer | Nulle part : aucun usage au large | Seulement des îles reliées à une côte | Non au large |
| Orbite | Rayonnée vers le vide | Entraînement par lots | Plus tard, sous charte |
| Lune | Chauffe les habitats des tunnels de lave | Mémoire pour la Terre, calcul pour la base | Oui |
| Mars | Survie de la colonie | Tout le calcul, sur place | Oui : équipement vital |
Le gradient est parlant. Plus un territoire est froid et habité, plus la chaleur du calcul est précieuse. Sur Terre, elle chauffe ou fait boire. Dans les glaces, elle détruit : le seul territoire terrestre où la théorie dit non est celui où le froid semblait gratuit.
Sur Mars, la loi atteint sa forme pure. La lumière met de 3 à 22 minutes pour aller de la Terre à Mars : aucun agent martien ne peut penser depuis la Terre. La colonie calcule chez elle, et cette chaleur est sa survie. Gargantua y devient le poêle de la ville. C'est le prolongement direct de l'ExoUrbanisme et de Mars20xx (2011) : le code d'une ville martienne commence par son centre de calcul, placé au cœur de l'habitat, jamais à sa périphérie.
D'où le second principe, qui vaut de la Casbah à la Lune : chaque territoire calcule pour ceux qui l'habitent. C'est la souveraineté réduite à sa physique — latence, chaleur, interrupteur.
Synapse en donne la méthode. Avant de placer Gargantua, on mesure le vide que le territoire lui offre, et la limite que ce vide lui impose. Une baie, un parc, une oasis, un cratère :
partout, le vide fixe la limite du calcul.
Coda — science sans conscience
Le nom n'est pas choisi au hasard. Chez Rabelais, Gargantua est un géant affamé, mais un géant éduqué. C'est lui qui écrit à son fils, en 1532, que « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ».
Le Gargantua de 2026 a la faim. Il lui manque l'éducation. Il dévore de l'énergie, boit de l'eau, occupe des comtés entiers et rejette sa chaleur dans le ciel. Le problème n'est pas qu'il soit grand. Le problème est qu'il soit seul, opaque et sans usage pour ceux qui l'entourent.
Ce texte propose de l'éduquer par la coupe et par le vide. Une mémoire sur la Lune. Un entraînement en orbite, plus tard, sous charte. Des oasis computationnelles au Sahara. Des tours d'inférence en symbiose avec les fermes verticales. Des thermes, des îles-calcul, des carcasses et un viaduc qui rendent la chaleur. Une baie qui reste baie, un parc qui fixe la limite au lieu de servir de couvercle.
Gargantua n'a pas d'adresse. Il a une coupe. Et au bas de la coupe, il y a quelqu'un qui répond.
Nacym Baghli — Alger, 16 octobre 2026
Note de méthode. Les mesures de Synapse ont été faites sur le trait de côte GSHHG en pleine résolution et sur les contours officiels des boroughs de New York, Central Park étant défini par ses quatre angles. Projection locale, valeurs arrondies. Le tracé du Djisr est reporté depuis la planche Algiers20xx sur le trait de côte réel.
Sources
- IEA via W.Media — demande électrique des data centers, 2025-2030
- IEA via IIR — 945 TWh en 2030
- Fortune — Hyperion, quatre fois Central Park
- TechCrunch — Hyperion 5 GW, superposé à Manhattan
- AI Business — Hyperion au-delà de 5 GW
- Space Odyssey Hub — dépôt SpaceX du 30 janvier 2026
- TechCrunch — Starcloud et le coût de lancement
- HackerNoon — le seuil de 200 $/kg selon Suncatcher
- IEEE Spectrum — le data center lunaire de Lonestar
- BigDATAwire — Freedom, coque dessinée par BIG
- Fortum — Microsoft et la chaleur fatale à Espoo
- Wikipedia — le réseau de vapeur de New York
Gargantua 20xx
The giga data center, or the urbanism of compute
Where should the computing power of the agentic era go? Under a park, in a tower, in the ice, in orbit, on the Moon? This text answers: nowhere whole, everywhere in section. It makes the case on a matrix studied for fifteen years — Algiers, Manhattan, the Carcass — and derives from it a charter, an economy and a theory that holds for every territory, on Earth and beyond.

Opening — Gargantua already sits on Manhattan
Gargantua does not need an address. It needs a section. That is the thesis of this text, and the answer to the question everyone asks the wrong way: where should the computing power of the agentic era go?
In July 2025, Mark Zuckerberg posts an image: the plan of Hyperion, Meta's AI campus in Louisiana, laid over Manhattan. It is meant as publicity. Without knowing it, it is an urbanist's gesture: a tech leader measures his infrastructure against a city. And the city loses.
The figures followed. The original site covered about 910 ha, nearly three times Central Park. Meta has since added some 570 ha. Hyperion now targets more than 5 gigawatts. It is no longer a building. It is a plugged-in territory.
That image calls for another. In 2010, with Synapse™, I laid Manhattan into the Bay of Algiers. The point was not to measure a machine, but a void: the bay, that urban enigma, at the scale of modernity's matrix island. Sixteen years later, the two overlays answer each other. One shows what compute consumes. The other shows what a city can keep empty. Gargantua 20xx is born between the two.
In August 2026, I gave this type a name: Gargantua. What comes after Bigness. Koolhaas wrote in 1994 that beyond a certain mass, a building becomes a city. Gargantua says something else: beyond a certain power, a building becomes a territory, and no city is large enough to hold it.
Fifteen years of matrix
Gargantua 20xx does not come alone. It gathers pieces worked on since 2010, each bringing part of its method to the project.
| Year | Piece | What it brings to Gargantua 20xx |
|---|---|---|
| 2010 | Synapse™ — Manhattan in the Bay of Algiers | The measure of the void, and the rule not to fill it |
| 2011 | Mars20xx — ExoUrbanism | The city beyond Earth, hence a theory that holds everywhere |
| 2013 | The Carcass — photomontages from 2012, nominated for the Aga Khan Award for Architecture | The unfinished as a resource: carcass-servers |
| 2017 | Djisr El-Djazaïr — a Y-shaped viaduct across the bay | The system’s backbone and its five islands |
| 2023 | PARAD — the economy of returned attention | Value that stays where it is created, from the kilowatt to attention |
| 2026 | Gargantua — after Bigness | The giant’s name, and the duty to educate it |

"I have built almost nothing, and written everything." This text is no exception. But it draws. It offers a section, two boards, a charter, an economic model and a general theory. Not a spectacular rendering: a method.
I.The problem is not size, it is address
Six variables govern Gargantua, and every candidate site solves only one or two of them while worsening the others.
A word on vocabulary first. By data center I mean the compute center: the computing power that trains models, runs inference and answers agents, far more than the warehouse where data sleeps. Storage is the lightest part of Gargantua. Compute is its appetite: it is what consumes energy, water and land, and what gives off heat.
Energy. According to the International Energy Agency, electricity demand from data centers grew by 17% in 2025, five times faster than global demand. It will double by 2030, to around 945 TWh: Japan's current consumption. The AI share will triple. A single 100 MW site uses as much as 100,000 households.
Water. Evaporative cooling drinks. In Georgia, near a Meta data center, residents' taps ran dry. In a desalinating country like Algeria, every litre evaporated is a litre produced at great cost.
Land. Hyperion will soon cover four Central Parks. Land is not a detail: it is the variable a city cannot negotiate.
Heat. This is the fact nobody looks at. Almost all the electricity a data center swallows comes out as heat. Today we pay twice: to produce the energy, then to get rid of it. A data center is a radiator that computes, and that we cool at a loss.
Latency. The agent never sleeps. It consults, compares, negotiates, books, continuously and on someone's behalf. Agentic inference must stay close to the people it serves. Training can move far away. The archive, further still.
Sovereignty. Who owns the machine, who sets it, who can unplug it. This is the variable The Soft Lobotomy raised: renting the infrastructure of thought is already giving up part of thought.
The question "where?" is therefore wrongly asked as long as we look for one place. We must first separate what Gargantua does: learn, answer, remember. Three functions, three latencies, three altitudes.
II.Five addresses for Gargantua
None of the five addresses works alone; each is right for one function and wrong for the others.
| Address | What it offers | What it costs | Verdict |
|---|---|---|---|
| Under the park | Urban grid, geothermal, surface preserved, excellent latency | Heat under the roots; Central Park is four times too small for Hyperion | Yes, but linear and capped |
| In height | Urban grid, closed loop, small footprint, heat usable within the tower | The totem risk: an isolated tower, with no symbiosis with the city | Yes, for inference |
| Ice, Antarctica | Abundant cold and water | No energy on site, poor latency, a protected sanctuary; the heat would melt the cold | No |
| Orbit | Near-continuous sun, no water, no land | Giant radiators, debris, extraterritoriality, viability not before the 2030s | Later, for training |
| Moon | Polar sun, lava tubes at −20 °C | 1.3 s latency, very hard to unplug | Yes, as memory |
Under the park. The underground offers stable temperatures, invisibility, a surface returned to the public. But a gigawatt buried under a lawn is underfloor heating the trees never asked for. And Central Park is four times too small for Hyperion. The intuition is right; the monolith is wrong. More on this in IV.
In height. Manhattan has already done it. 33 Thomas Street, AT&T's windowless tower completed in 1974, is a vertical data center before its time. Vertical farming conquered towers because its light is artificial anyway. Compute needs no light at all: it is the anti-tower, the tower without windows. Its true place is in symbiosis: servers at the core, vertical farms on the façade, heat rising from one to the other. A good address for inference, provided it is a layer and not a totem.
In the ice. The archetypal bad good idea. Cooling Gargantua with a glacier means melting the planet's reserve of cold to save on a bill. Antarctica is, moreover, a natural reserve devoted to peace and science under the Madrid Protocol. Nordic sites succeed for another reason: they have renewable energy and heating networks. The lesson is reversed: we do not look for cold, we look for a need for heat.
In orbit. The race is on. Axiom placed its first nodes in low orbit on 11 January 2026. On 30 January 2026, SpaceX filed for up to one million satellites. Starcloud, Google with Suncatcher, Europe with ASCEND follow. The argument is real: near-permanent sun, no water, no land. But Google's analysis puts viability below 200 dollars per kilo launched, a threshold not expected before the 2030s. Space cold cools only by radiation, hence immense radiators. Then there is debris, the astronomers' night sky, and the decisive question: in orbit, Gargantua becomes extraterritorial. Who unplugs it? Orbit suits batch training, under a charter. Never the daily brain of agents.
On the Moon. In March 2025, Lonestar landed a first 8-terabyte data center there, its shell designed by BIG. The lander tipped over in a crater; the payload survived. The company next targets lava tubes, at a steady −20 °C. At 1.3 light-seconds, the Moon will never be a brain. It will not host the computing power of the agentic era; it can keep its memory: a civilisation backup, a spare Library of Alexandria.
III.Thesis: Gargantua has no address, it has a section
The more latency a function tolerates, the further it can rise from people; the more directly it serves them, the deeper it must descend into the city and return its heat.
The section replaces the plan. Twentieth-century planning zoned flat: housing here, industry there. The urbanism of compute zones vertically, by latency. It is the Manhattan grid turned upright: each layer has its programme, and the column running through them all is human. At every level, a switch; behind every switch, an identifiable person.
IV.The Central Park test
Central Park can host Gargantua in 100% of its usable underground and 0% of its surface — as a heat battery and linear galleries, never as a monolith.
Manhattan is my ultimate matrix: the grid, superposition, layers, verticality, and the planned void of Central Park. Placing Gargantua under that void is tempting. It is also the only way to test the idea seriously.
First finding: size. Central Park measures 341 ha. Hyperion already totals nearly 1,480, about 15 km². The whole park would hold only a quarter of the campus. Gargantua does not fit under the void; it must dissolve into the built mass.
Second finding: Manhattan already has the network. Since 1882, Con Edison's steam has run under the streets, from the Battery to 96th Street. More than 160 km of pipes, some 1,500 buildings served, the largest system of its kind in the world. The city already has its thermal arteries; it lacks a clean heart. Gargantua 20xx spreads under the avenues, in neighbourhood nodes, and feeds a low-temperature loop that inherits the steam.
Third finding: Olmsted and Vaux saw it coming. The 1858 Greensward Plan already sinks four transverse roads below the level of the park. The world's most famous park was born with infrastructure in a trench. Gargantua must follow those lines, not the lawns.
Hence the project:
- The transverse roads become compute galleries, linear, ventilated, accessible, without touching a tree.
- Under the great lawns, a field of geothermal probes stores summer heat for winter. The park becomes the heat battery of the Upper East and Upper West Sides.
- The park's soil stays at its natural temperature at root depth. That rule caps the power, not the builder's ambition.
- Condensate and treated greywater irrigate the park in summer. Gargantua returns water instead of evaporating it.
The park does not cover the machine; the machine breathes through the park. It is the park that sets the data center's limit.
V.Synapse — Manhattan in the Bay of Algiers
The void of the Bay of Algiers is at Manhattan's scale: true in area, false in shape, and exact once the bay is rotated.
In 2010, Synapse™ described the "unreal" meeting between Algiers and New York:
"… Manhattan (after a transatlantic illusion) connects furtively to Algiers and occupies the emptiness (Bay) which remains an urban enigma. It projects (then) its own emptiness (Central Park) through Le Monument / Reflet …"

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Sixteen years later, the measurement can be made on the real coastlines, at the same scale.
| Measure | Value |
|---|---|
| Void of the bay, from the Penon to Cap Matifou | 84 km² · 14.7 km opening |
| Manhattan | 59 km² · 21.1 km · axis 23° east of north |
| Manhattan relative to the void of the bay | 70% |
| Share of the island inside the bay, both at true north | 52% at best |
| Share of the island inside the bay, Synapse orientation | 84% |
| Enlargement of the bay in the 2010 image | × 1.4 approx. |
| Share of the island at that scale | 99% |
| Central Park | 3.4 km² · 4% of the void |
| Hyperion footprint | ≈ 14.8 km² · 18% of the void |
Area confirms the intuition: the island fits in the void, with room to spare. Shape contradicts it: the island is longer than the bay is wide. At true north, only half of Manhattan fits inside the bay.
Synapse corrects through orientation. Manhattan keeps its north; it is the bay that rotates by 45°, its north turned to the northwest, to receive the island. At true scale, 84% of Manhattan fits. The 2010 image added an enlargement of about 1.4 times, measured on the opening and depth of the bay. At that scale, the island fills the void at 99%. The transatlantic illusion is therefore double — a rotation and an enlargement. It is now quantified.
One coincidence holds in every orientation: placed at best, Central Park falls into the void of the bay. The void of the one lodges in the void of the other.

Gargantua 20xx draws its occupancy rule from this. The void is not filled: Hyperion alone would take nearly a fifth of it. Five compute islands float on it, linked by the Djisr, and the bay remains a bay. The Reflection of Central Park, projected onto the shore, becomes the city's heat battery. The plan of Algiers 20xx therefore adopts the Synapse orientation: Manhattan at north, the bay rotated.
We do not fill the bay. We make it useful.
VI.Algiers 20xx — the plan
In Algiers, Gargantua does not heat apartments: it gives the city water, cools it in summer and lights up its thermae.
Manhattan poses the heat problem in a cold climate. Algiers poses it in a hot climate, dry in summer, backed against the sea. The question changes: what to do with heat where water and coolness are scarce? The plan, drawn in the Synapse orientation, answers in seven pieces.

1. Djisr El-Djazaïr, the backbone
The Y-shaped viaduct we proposed in 2017 links three poles of the bay. Branch A starts at the Penon, branch B from the shore south of the port; they meet at node y, then run on to C, at the foot of Cap Matifou. Plotted on the real coastline, the route measures about 21.8 km. Its deck carries fibre, the hot loop and seawater, and hosts the landing of Mediterranean submarine cables. Mobility infrastructure becomes compute infrastructure: one footprint, four networks.
2. The five compute islands
Five islands float along the route: x, y, z, z1 and z2. They become the city's compute core: the sea cools them in a closed loop, the city is a few kilometres away, latency stays urban. They occupy the void of the bay without filling it.
3. The compute thermae
The name matters. Neither "data center" nor "neighbourhood server": thermae, from the Greek thermos, hot. Algeria has the Roman baths of Djemila and Timgad, its hot springs, its hammams. Seven points on the shore, from 1 to 7, form the crown where the islands' heat lands. Each neighbourhood inference node, a few hundred kilowatts, becomes a public source of heat: baths, pool, nursery, hospital, laundry. The oldest urban institution becomes the heat sink of the newest infrastructure. The word works everywhere, from Algiers to Helsinki and as far as Mars. Compute shows itself where it gives back.
4. Desalination by waste heat
Algeria desalinates seawater on a large scale along its coast. Low-temperature heat from the servers preheats seawater and feeds membrane distillation. The servers themselves are cooled in a closed loop by the sea. The circuit closes: the sea cools the compute, the compute gives the city water.
5. Cold from heat
In summer, heat from the nodes drives absorption chillers. An urban cooling network refreshes schools, hospitals, public buildings. The paradox is complete: Gargantua's heat cools Algiers.
6. The radial corridors and the carcass-servers
From the shore, the hot loop and fibre climb towards Algiers along the pénétrantes, the radial corridors into the city. They irrigate the carcasses. My concept of the Carcass, nominated for the Aga Khan Award for Architecture in 2013, describes the unfinished concrete structures that haunt the territory. A carcass already has what a compute node needs: a structure, floors, no demand for light or finishes. Zero land consumed, zero demolition: the waiting ruin becomes a public facility. Further on, the corridors carry heat to the greenhouses of the Mitidja plain.

7. The Hamma, the Central Park test in Algiers
Algiers has its Central Park: the Jardin d'Essai, created in 1832, on the edge of the bay. It adjoins the Hamma desalination plant. The same rule applies: geothermal probes under the paths, no surface footprint, heat stored then returned to the neighbouring plant. The garden sets the limit; the machine breathes through it. It is the Algiers version of the Reflection of Central Park.
Further south, on the High Plateaus and in the Sahara, the territorial layer hosts the large training campuses, as close as possible to solar power. Dry cooling, no evaporation. Waste heat for greenhouses and crop drying. These are computational oases: not sheds in the desert, but oases whose palm tree is a server.
And on 2 August 2027, when the Moon passes in front of the Sun over Algeria, it will recall the highest layer of the system: memory.
VII.The economy — heat as a dividend
Gargantua becomes profitable in a new way the day it stops paying to dump its heat and starts selling it, giving it, storing it.
The precedent exists. In Espoo, near Helsinki, Microsoft and Fortum chose the location of a data center region according to the heating network. Server heat is expected to cover about 40% of district heating for three municipalities, avoiding 400,000 tonnes of CO₂ a year, for €200 million of investment on the capture side. Stockholm already connects dozens of operators to its network. This is no longer utopia: it is plumbing.
What I propose goes further. It is PARAD's logic applied to compute: the kilowatt and attention obey the same law. Value stays where it is created and returns to those who produce it.
The 25 / 75 / 0 rule, applied to heat. 25% of the recovered thermal value goes to the operator. 75% returns to the neighbourhood as a heat dividend: hot water, cooling, thermae, pool, school. 0% of heat discharged without use. The zero is the invariant; the rest is set territory by territory, as one sets a tariff.
Zero extraction. Value stays in the territory where computing takes place. Algiers' data is computed in Algiers, unless consent is given. Data sovereignty is not a compliance clause; it is a founding principle.
The attributable kilowatt-hour. The PARAD doctrine separates certified human attention from machine consultation, which is never paid. The same split applies to energy. Every inference is tied to an identifiable human mandate. Compute that serves a human decision is served first, at a fair price. Agent-to-agent loops without a mandate pay more. Frugality does not come from morality: it comes from attribution.
Six revenue streams instead of one. A Gargantua 20xx node sells compute, heat, cooling, desalinated water, resilience (the archive) and avoided land. It occupies islands, carcasses, transverse roads, viaduct decks: no land acquisition, no demolition. It is a circular economy in the strict sense: nothing compute produces is lost.
Anti-unicorn by design. Modular, standardised nodes, run by small local teams, rather than a single campus that captures a region. Gargantua is a giant, but a distributed one: a thousand thermae rather than one Louisiana.
VIII.The datacenter20xx charter — ten rules
Ten rules are enough to turn Gargantua from a territorial predator into a public facility.
- No watt without a second use. Every kilowatt-hour computes first, then heats, cools or desalinates.
- Zero drinking water evaporated. Closed loops, seawater, treated wastewater. Water returned must exceed water taken.
- Zero land consumed. Islands linked to a shore, basements, carcasses, transverse roads, infrastructure decks. No field, no forest, no lawn, no bay filled in.
- Compute follows latency. Inference in the city, training in the territory, memory in the sky. Never the reverse.
- Heat is a common good. A heat dividend returns to the neighbourhood that hosts the node.
- Unpluggable. Every layer has a switch and an identifiable person who answers for it.
- Attributable. Every inference is tied to a human mandate; compute without a mandate pays more.
- Sovereign. A territory's data is computed in that territory, unless explicit consent is given.
- Visible. Gargantua does not hide: it shows itself where it gives back — at the thermae, the greenhouse, the fountain — and publishes its meters.
- Reversible. Modular, demountable, recyclable. In orbit, no satellite without a deorbit plan.
Rules 6 and 7 link Gargantua to Humanity Inside. The triad of scales closes: Gargantua for the territory, xCITY for the city, Humanity Inside for the individual and the machine. A single thesis: intelligence must remain attributable.
IX.General theory — every territory, on Earth and beyond
The section is not a project for Algiers: it is a grammar, valid for any planetary or extra-planetary territory. It fits in one law.
Compute goes where its heat is needed, within reach of those it serves, in the hands of someone who answers for it.
Every territory is read with the same six variables. Only the destination of the heat changes, and with it the dominant layer.
| Territory | Where the heat goes | Dominant layer | Verdict |
|---|---|---|---|
| Cold city (Manhattan, Helsinki) | District heating, hot water | Neighbourhood, underground | Yes |
| Hot coastal city (Algiers) | Fresh water, absorption cooling, thermae | Compute islands in the bay, neighbourhood | Yes |
| Desert (Sahara) | Greenhouses, crop drying | Territory: computational oases | Yes, dry-cooled |
| Glaciers, Antarctica | Nowhere: it would melt the cold | None | No: sanctuary |
| Open sea | Nowhere: no use offshore | Only islands linked to a shore | No offshore |
| Orbit | Radiated into the void | Batch training | Later, under a charter |
| Moon | Heats habitats in the lava tubes | Memory for Earth, compute for the base | Yes |
| Mars | The colony’s survival | All compute, on site | Yes: vital facility |
The gradient speaks for itself. The colder and more inhabited a territory, the more precious compute heat becomes. On Earth, it heats or provides water. In the ice, it destroys: the only place on Earth where the theory says no is the one where cold seemed free.
On Mars, the law reaches its pure form. Light takes 3 to 22 minutes to travel between Earth and Mars: no Martian agent can think from Earth. The colony computes at home, and that heat is its survival. Gargantua becomes the city's stove. This is the direct extension of ExoUrbanism and Mars20xx (2011): the code of a Martian city begins with its compute center, placed at the heart of the habitat, never on its edge.
Hence the second principle, which holds from the Casbah to the Moon: every territory computes for those who inhabit it. It is sovereignty reduced to its physics — latency, heat, switch.
Synapse provides the method. Before placing Gargantua, measure the void the territory offers it, and the limit that void imposes. A bay, a park, an oasis, a crater:
everywhere, the void sets the limit of compute.
Coda — science without conscience
The name was not chosen by chance. In Rabelais, Gargantua is a hungry giant, but an educated one. It is he who writes to his son, in 1532, that "science without conscience is but the ruin of the soul".
The Gargantua of 2026 has the hunger. It lacks the education. It devours energy, drinks water, occupies whole counties and dumps its heat into the sky. The problem is not that it is big. The problem is that it is alone, opaque and useless to those around it.
This text proposes to educate it through the section and through the void. Memory on the Moon. Training in orbit, later, under a charter. Computational oases in the Sahara. Inference towers in symbiosis with vertical farms. Thermae, compute islands, carcasses and a viaduct that return heat. A bay that stays a bay, a park that sets the limit instead of serving as a lid.
Gargantua has no address. It has a section. And at the bottom of the section, there is someone who answers.
Nacym Baghli — Algiers, 16 October 2026
Method note. The Synapse measurements were made on the full-resolution GSHHG coastline and the official New York borough boundaries, with Central Park defined by its four corners. Local projection, rounded values. The Djisr route is transferred from the Algiers20xx board onto the real coastline. Sources are listed at the end of the French version.